Un peu d’histoire…

Nous avons souvent tendance à nous focaliser sur des trajectoires personnelles. Mais l’ampleur des chiffres prouve que l’absence de parité n’est pas la conséquence de cas individuels. Nous sommes en face d’un système d’exclusion des femmes du pouvoir. Celui-ci n’est pas visible, il ne prend pas forme dans des droits qui seraient différents : femmes et hommes ont les mêmes droits civiques, le droit de vote et d’être éligible. Ce système d’exclusion est culturel et idéologique. Il prend racine dans notre histoire.

Si on s’intéresse au fondement du droit français, les droits grec et romain, on remarque que les femmes étaient considérées comme des êtres inférieurs, même aux esclaves masculins. Elles ne disposaient donc d’aucun droit juridique, et même civique chez les romains. Elles étaient placées sous l’autorité de leur père, puis de leur mari.

Au Moyen âge, une petite évolution se fait sentir. Quelques reines dirigent de grands territoires tels que la Champagne, la Flandre et le Hainaut. Cependant, la loi va rapidement les écarter du pouvoir politique. La loi salique, code de lois en partie emprunté au droit romain traitant des droits d’héritage, a été utilisée au courant du 14ème siècle pour interdire la succession d’une femme au trône de France.

A la Renaissance, la réapparition du droit romain abolit les avancées obtenues par les femmes grâce à la chrétienté. Elles redeviennent alors des mineures.

A la Révolution Française, on aurait pu croire que l’éveil des consciences et l’apparition de l’idée de citoyenneté aideraient les femmes à s’imposer sur le plan politique. Loin de là, les philosophes des Lumières considèrent alors les femmes comme des « sous-citoyens », différentes et incapables par nature de prendre part à la vie publique. Ils les écartent donc des avancées démocratiques telles que la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1792 ou le suffrage universel de 1848. Le terme « universel »  est donc un leurre car les femmes ne possèdent ni le droit de vote, ni aucun des droits évoqués dans la loi. Celles qui tentent de lutter pour leurs droits et d’accéder au pouvoir sont alors réprimées, voire exécutées.

Au 19ème siècle, le code Napoléon a institutionnalisé en droit l’infériorité des femmes, en raison des différences biologiques entre femmes et hommes et au nom de la complémentarité des sexes, justifiant là encore l’infériorité des femmes par des différences de nature. Les femmes étaient considérées comme des êtres humains de second rang si elles n’étaient pas mariées, des êtres mineurs et incapables si elles étaient mariées. Ainsi, c’est le mari qui prenait toutes les décisions pour sa femme. Elle était donc exclue du politique. Le code Napoléon a beaucoup pesé et pèse encore sur notre représentation du rôle de la femme.

Le 20ème siècle connaîtra de nombreuses avancées en matière de droits des femmes. La naissance du féminisme en France, soutenue par de nombreux autres mouvements dans le monde, obligera les hommes à donner plus de pouvoir aux femmes et à reconsidérer leur place dans la société. Par exemple, avant 1938, les femmes devaient demander l’autorisation de leurs maris pour s’inscrire à l’université. De même, avant 1965, elles n’avaient pas le droit d’ouvrir un compte à leur nom, de gérer leurs biens, ni de travailler sans l’approbation de leur mari. Ainsi, les femmes obtiennent le droit de vote en 1944 et les mêmes droits d’accès aux mandats électoraux et aux fonctions électives que les hommes en 1999. Mais dans les faits, très peu de femmes accèdent au pouvoir.

De l’histoire, on retient aujourd’hui une vision paternaliste, qui enferme les femmes dans des clichés réducteurs et les empêche de s’imposer sur la scène politique. On constate aisément que malgré l’évolution du droit, dans les faits les femmes sont encore très peu nombreuses à nous représenter et même à être candidates.

Ce qui freine l’évolution réelle de cette situation, au-delà des clichés, c’est la place que les hommes consentent à laisser aux femmes en politique et les inégalités femmes-hommes qui traversent toute la société. Comment les femmes peuvent-elles trouver le temps de s’engager en politique alors qu’elles effectuent 80 % des taches ménagères ? Les femmes constituent 80% des salariés à bas salaires : dès lors, comment trouver la sécurité financière pour s’engager ? Bien souvent, les femmes sont également rebutées par un milieu construit par et pour les hommes, et où n’existent que peu de « modèles » féminins. Le cumul des mandats ne favorisant pas le renouvellement des élites politiques, les femmes n’arrivent pas à entrer en politique. Il est donc temps que les partis politiques prennent leurs responsabilités en facilitant le militantisme, l’engagement et la prise de responsabilité des femmes en leur sein.